Voici un bouquin aussi intéressant que terrifiant. C'est, vu de l'intérieur et au plus près de leurs dirigeants, l'ascension inéluctable de Facebook et la puissance incroyable qui s'est construite sur pas grand chose d'autre que "augmentons par tous les moyens notre nombre d'utilisateurs". L'autrice raconte son ascension et sa chute au sein de l'empire Meta, les petites et grandes compromissions de Zuckerberg, Sandberg et les autres, et ce microcosme hypocrite et coupé du monde dans lequel ils vivent, sans jamais se soucier des conséquences de leurs actes (massacres à Myanmar, influence sur le processus electoral...). Personne n'en ressort grandi, mais cela reste d'un intérêt extraordinaire pour comprendre les "tech bros", et le monde dont ils rêvent.
mardi, juillet 14, 2026
dimanche, août 24, 2025
Fiche de lecture - Feu Pale de Nabokov
Alors, on m'avait décrit ce bouquin comme "drôle". Alors, oui, c'est souvent drôle, d'un humour grinçant virant parfois à la farce, mais Nabokov, c'est un tout petit peu plus que ça. Le procédé littéraire qui consiste à présenter l'histoire comme un (long) poème et son commentaire m'a tout d'abord surpris, et puis, connaissant Nabokov et son goût pour le "narrateur non fiable", je me suis pris au jeu, à chercher à lire entre les lignes et à tenter de comprendre là où il voulait en venir. En effet, le texte est bourré d'indices et de petits détails qui dévoilent leur importance au fur et à mesure du récit, et le procédé du commentaire permet à l'auteur de mélanger alègrement les différentes intrigues et la chronologie. Une belle expérience littéraire, même si on est finalement pas plus avancé qu'au début - Quand on ne peut faire confiance à rien, que reste-t-il effectivement de l'histoire ? Alors j'ai décidé pour mon compte de faire confiance tout du moins au poème en lui-même, et aux citations et références des les autres personnages, et j'arrive à quelque chose de satisfaisant - Ce sera donc ma version de l'histoire. Je crois qu'au final, c'était le but de Nabokov : créer un jeu de piste et laisser le lecteur se faire sa propre idée.
Posted by M87 at 19:19 0 comments
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mardi, octobre 08, 2024
Fiche de lecture - Casca la couronnée
Je crois que c'est dans le Canard Enchaîné que j'ai lu la critique de cet étrange objet littéraire, et je me suis dépêché d'acquérir l'ouvrage. Ce bouquin fusionne les codes de la fantasy avec ceux de la culture urbaine et des jeux vidéos pour donner une aventure foutraque et bizarroïde émaillé de digressions faussement naïves, le tout dans un têtu présent de l'indicatif. L'on suit donc les aventures de Casca, serveuse dans un golf qui se retrouve à devenir gardienne d'un objet mythique que tentent de s'arracher plusieurs factions plus ou moins amicales. Derrière ce scénario relativement standard, c'est une ode à la culture geek, avec des références continuelles aux Pokemon, aux jeux vidéos, aux Lego, aux grandes marques (ordinateurs, téléphones, voitures...) à la limite du "name dropping". Mais c'est aussi une histoire très drôle, avec des pouvoirs toujours renouvelés des boss que Casca et ses alliés doivent combattre, des petits appartés pince sans rire, et au final un délire généreux et qui ne se prend pas au sérieux.
Une belle lecture donc, aux antipodes d'une "horde du contrevent", mais pas moins plaisante !
Posted by M87 at 23:04 0 comments
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dimanche, septembre 29, 2024
Fiche de lecture - Cold Comfort Farm par Stella Gibbons - L'humour sur le fil du rasoir
Voilà un bouquin qui m'est tombé dessus complètement à l'improviste - Recommandations croisées d'un collègue, je lui conseillais chaudement de lire "The ascent of the Rum Doodle", et il m'a dirigé vers "Cold Comfort Farm". Ce livre paru en 1932 est une parodie des romans populaires à l'époque mettant en scène une héroine (généralement urbaine et éduquée) qui allait transformer la vie de chacun des membres d'une famille rurale et frustre. Et là, le concept est poussé juste ce qu'il faut pour rendre le bouquin absolument hilarant, mais sans jamais tomber dans la farce.
On croisera donc une galerie de fermiers tous plus bizarres les uns que les autres, mais chacun prêt à exprimer une passion nouvelle, grace à Flora Poste, notre héroine pleine de resources et de certitudes jamais ébranlées. On croisera un prédicateur apocalyptique, une vache qui perd sa patte, un patois inventé pour l'occasion, et l'effrayante tante Ada qui fait un carnage avec son journal "Milk Producer Weekly".
La grande force de ce roman, c'est de rester juste à la limite du délire : avec son ton détaché, ses personnages déjantés mais cohérents, et ses péripéties totalement inattendues, c'est une pépite de pince-sans-rire.
Posted by M87 at 22:41 0 comments
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lundi, décembre 04, 2023
Mort aux ténors
C'est fou le nombre d'articles du wiktionnare qui référencent le roman "Mort aux ténors" de Jo Barnais. Arracher, tartir, faucher, pogne, midinette... Ça a fini par exciter ma curiosité, et j'ai fini par me procurer le bounquin, d'occase parce que ça fait bien longtemps qu'il n'est plus édité.
Et ça valait vraiment le coup ! Une bonne histoire policière, un monde, celui du spectacle parisien, plein de fiel et de faux semblants, et une écriture argotique particulièrement efficace. Chaudement recommendé !
Posted by M87 at 22:21 0 comments
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jeudi, septembre 05, 2019
Fiche de lecture - Gravité - Stephen Baxter
Il y a la SF, et il y a la hard SF. Trop souvent, le roman de science fiction balaye la vraisemblance d'un revers de main, murmure quelques explications d'un air bougon, et le TGCM (ta gueule c'est magique) des romans fantastiques est simplement remplacé par TGCT, ta gueule c'est technologique. L'on violera allègrement la 3ème loi de la thermodynamique avec des réplicateurs qui créent à partir du rien, l'on manipulera la gravité comme on redressait un bibelot, et je ne parle même pas de la pauvre théorie de la relativité mise à mal par l'hyperespace et les communications instantanées à travers la moitié de la galaxie. Cela n'empêche pas les maîtres de la SF d'écrire des œuvres extraordinaires, car souvent la science n'est qu'un prétexte à la fiction, une manière de lancer des "et si ... ?" qui véhiculent une idée, un message, un sentiment.
Et puis, il y a la science fiction dite dure, où le "et si ... ?" est fermement positionné sur les théories modernes de notre monde, et où l'auteur, doué d'une grande culture scientifique et parfois scientifique lui-même, explore les limites de nos connaissances, et ancre fermement son récit dans un univers crédible et cohérent. Si le risque de lire un bouquin de physique est évité, cette vraisemblance peut apporter beaucoup au récit, tandis que les grandes questions encore en suspens, comme la matière exotique, l'énergie noire, ou certaines solutions des équations de la relativité, sont des sujets passionnants et souvent pas si explorés.
Voici donc Gravité (titre anglais Raft) de Stephen Baxter, écrit en 1991, qui explore un monde étrange, une nébuleuse dans laquelle la gravité est extrêmement forte, et la lutte d'un groupe d'humains pour survivre et comprendre ce monde. Le héros est Rees, mineur dans une petite colonie construite autour d'un noyau ferreux, et qui doit y descendre chaque jour pour y extraire du métal sous d'intenses forces gravitationnelles.
Ce monde regorge d'idées très intéressantes, mettant en jeu la mécanique orbitale, la mécanique quantique, la relativité (difficile de l'éviter, celle là!), mais aussi et surtout la survie d'une petite communauté d'humains avec tous leurs défauts et toutes leurs faiblesses dans un monde âpre.
C'est finalement une vision très pessimiste de l'humanité que propose Baxter, avec cependant cette idée que la science peut nous aider à survivre, et que l'ignorance ne nous mènera qu'à notre perte. Ce qui, dans notre monde d'aujourd'hui, est une idée qui gagnerait à être plus largement partagée.
Ce roman est le premier tome du "cycle des Xeelee", fresque très ambitieuse qui se propose de retracer l'histoire d'un univers très similaire au nôtre sur des milliards d'années, depuis la naissance de l'humanité, la conquête et l'expansion dans l'espace, les rencontres et les guerres avec plusieurs races extra-terrestres, jusqu'à la mort de l'univers.
Je me suis bien entendu déjà attaqué au deuxième tome, "Singularité", qui n'a absolument rien à voir dans son univers, son histoire et ses personnages, mais semble tout aussi prenant.
Posted by M87 at 23:07 0 comments
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samedi, août 17, 2019
Fiche de lecture - Robert Van Gulik - Les aventures du juge Ti
C'est en lisant "Tigre blanc, dragon bleu", polard de Qiu Xiaolong, dont il faudra bien que je fasse une fiche de lecture un jour, que j'ai découvert une référence littéraire au juge Ti, figure aujourd'hui mythique du juge chinois juste et incorruptible sous l'empire (ce qui était rare). En fouillant, j'ai découvert le sinologue Robert Van Gulik, diplomate de son état, qui, après avoir traduit les histoires traditionnelles du juge Ti, a décidé d'écrire les siennes, d'un grand intérêt culturel et littéraire.
Je me suis donc offert un recueil des enquêtes du juge Ti, 9 nouvelles ou court romans, où notre juge tente de démêler les fils du mystère, secondé par ses aides, souvent d'anciens filous passés de l'autre côté de la justice.
L'on retrouvera les archétypes des romans chinois: moines libidineux, hauts fonctionnaires corrompus, filles de petite vertu au cœur d'or. C'est une étonnante plongée dans les bas-fonds de la vie impériale, avec déjà les prémices de la police scientifique avec récupération des indices et passage chez le légiste par notre juge, forcément confucéen, qui tente de faire ce qui est juste sans se retrouver lui-même victime des complots de cour.
À noter que plus tard, Frédéric Lenormand a repris ce personnage pour en faire une nouvelle série de romans, apparemment plus orientés sur l'humour, et où les caractères des personnages changent par rapport à la version de Van Gulik. À tester !
Posted by M87 at 23:43 0 comments
mardi, mars 19, 2019
Fiche de lecture - Ian M. Banks - Excession
Je continue à explorer la bibliothèque municipale, et j'en ressors des bouquins qui étaient depuis bien longtemps sur ma liste de lecture, ce qui est bon à la fois pour le cerveau et pour le portefeuille. J'avais lu The Player Of Games il y a bien longtemps, et j'avais adoré, et je cherchais un autre roman dans ce même monde. Je me suis donc attaqué à Excession.
L'histoire, en 2 mots, relate l'apparition d'un corps étrange et incroyablement vieux aux confins de la galaxie. La Culture, civilisation dominante et utopique gérée par des IA, tente de comprendre.
Les parties les plus plaisantes du roman sont les chapitres relatant les discussions entre les IA, même si il faut s'accrocher pour retenir tous leurs noms. Les personnages humains sont également sympatiques, souvent des pions dans le jeu d'échec cosmique auquel jouent les IAs, "pour notre bien".
Comparé au Player Of Game, Excession est beaucoup plus dans l'optique "space opéra", et l'on voyage énormément dans nombre d'endroits extrêmement variés, de la base secrète creusée dans un astéroïde et habitée par un seul humain, à des fêtes géantes sur des planètes lointaines, en passant par les GSV, gigantesques vaisseaux-IA qui peuvent loger des centaines de millions de personnes.
Finalement, ce sont quand même les IAs qui sont les plus charismatiques !
Posted by M87 at 22:20 0 comments
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samedi, février 16, 2019
Someday the Rabbi will leave
Cela faisait bien longtemps que j'avais envie de trouver des livres de la série policière "The Rabbi" par Harry Kemelman. J'avais découvert cet auteur à travers un autre de ses héros, Nick Welt, un professeur d'université, qui, tout comme le rabbin, résout des crimes en amateur à la manière d'une Miss Marple ou d'un père Brown.
C'est donc avec joie que j'ai découvert que la bibliothèque municipale de mon quartier possédait l'un de ces romans (en réserve, pas dans les rayonnages), qui sinon ne sont plus édités depuis longtemps. "Someday the Rabbi will leave", qui a connu une traduction française sous le titre "Un jour, le rabbin s'en ira", est le 9ème livre de la série, et met en scène une complexe histoire de luttes politiques locales, sur fond de changements au sein du temple où officie le rabbin.
C'est là qu'on se rend compte quand même que le monde a bien changé, et la littérature policière aussi. En terme de rythme, cela n'a pas grand chose à voir avec ce que l'on trouve aujourd'hui en librairie. Le meurtre est commis aux deux tiers du roman, pas de gore, et une enquête réduite à l'interprétation de quelques indices. Non, ce qui est beaucoup plus intéressant, c'est l'évocation minutieuse et cynique de la vie politique locale, ainsi que la description de la conduite des affaires d'une synagogue, dont le rabbin n'est finalement qu'un employé, ce qui peut parfois poser problème pour le rabbin David Small, qui lui est très peu politique.
Au final, c'est une bonne histoire, qui me donne envie de me bouger pour aller chercher les autres tomes au seul endroit où je sais qu'ils sont disponibles : la British Library.
Posted by M87 at 22:47 0 comments
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lundi, août 13, 2018
La horde du contrevent
Je viens de finir en un gros week-end La Horde du Contrevent, et voilà un bouquin comme je n'en avais pas lu depuis longtemps !
Dans un univers étrange où le vent souffle en permanence dans le même sens, depuis 8 siècles, tous les 25 ans, une nouvelle génération d'aventuriers triés sur le volet partent à pied vers l'avant pour tenter de découvrir ce qui se cache au bout du monde, là d'où vient le vent. L'on suit donc les 23 personnages de la 34ème horde, chacun sa spécialité, chacun ses forces et ses faiblesses, sa dynamique dans le groupe, sa raison d'être dans la horde. Vont-ils réussir là où tous les autres avant eux ont échoué ?
Plus qu'un univers extrêmement bien construit et cohérent, et une idée originale séduisante, c'est la narration qui transcende ce livre. Point de narration extérieure, ici, c'est chaque personnage qui raconte à tour de rôle, avec son style, ses expressions, sa perception du monde, ce qui enrichit énormément l'histoire. Chaque paragraphe commence donc avec un symbole qui indique celui qui parle. Un marque page aimablement fourni lie le symbole au personnage et permet de ne pas se perdre.
L'on gardera à l'esprit une joute verbale éblouissante, des moments d'action pure dans la tempête, et beaucoup d'émotion quand approche la fin du récit.
Enfin, il y a le vent, ce personnage à part, toujours présent, parfois doux, parfois brutal, parfois allié, parfois traître, toujours dangereux.
Du bel ouvrage.
Posted by M87 at 22:17 0 comments
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vendredi, décembre 29, 2017
Le Problème à trois corps & La forêt sombre
Parlons littérature chinoise, et parlons (hard) science fiction ! Cette trilogie de Liu Cixin m'ayant été recommandée par un docteur en physique quantique, et la traduction en français disponible, du moins pour les deux premiers tomes, je m'y suis plongé.
Le pitch : une jeune scientifique chinoise, persécutée lors de la révolution culturelle, travaille dans un labo qui tente d'entrer en contact avec des extra-terrestres. Ayant par hasard établi le contact, et dégoûtée par l'humanité, elle donne les coordonnées de la terre aux aliens afin qu'ils viennent nous coloniser.
L'on parlera donc de sciences de manière assez pointue et avec autant de vraisemblance possible, d'où l'appellation "hard SF". L'auteur explore les implications psychologiques et politiques à l'échelle mondiale de la perspective d'une annihilation complète de l'humanité, les stratégies de bataille à l'échelle du système solaire, et une solution tout à fait remarquable au paradoxe de Fermi.
Le premier tome est vraiment un tome d'exposition, qui met en place les protagonistes, et décrit assez finement les diverses factions en présence. Mais l'histoire avance vraiment (et se conclut d'ailleurs de manière très satisfaisante) dans le deuxième tome, plus épique, et qui explore plus de sujets plus à fond.
L'auteur étant chinois, ce ne sont pour une fois pas les américains qui sauvent (ou tentent de sauver) le monde. La plupart des personnages principaux sont chinois, mais il y a un aspect très international avec de nombreux personnages secondaires venus de l'ensemble du monde (à l'exception notable de l'Afrique). En filigrane, la Chine s'affiche comme une puissance planétaire incontournable, voire dominante. Je ne sais pas si le Politburo lit de la science fiction, mais j'imagine que ces histoires ne doivent pas complètement leur déplaire.
Posted by M87 at 23:08 0 comments
mercredi, avril 26, 2017
Litterature chinoise, suite
Je viens de recevoir Les chroniques de l'étrange, recueil de nouvelles fantastiques en chinois classique, publiées au XVIIème siècle par Pu Songling, traduction de André Lévy.
Ce sont vraiment des histoires très courtes, de seulement quelques pages, et il y en a beaucoup (comme d'habitude avec la littérature chinoise, c'est l’œuvre unique de toute une vie). Les quelques histoires que j'ai lues jusqu'à présent, c'est effectivement un peu angoissant. L'on retrouve des thèmes connus, la vie des lettrés, les examens, la place de la femme, de la religion...
Posted by M87 at 23:12 0 comments
jeudi, mars 02, 2017
Le rêve dans le pavillon rouge
Enfin, fini de lire le roman fleuve (enfin, la traduction) de Cao Xueqin, considéré par beaucoup comme étant le summum de la littérature classique chinoise. À la fois roman d'amour, chronique familiale, critique sociale et politique, et encyclopédie de la culture et de la vie courante d'une grande famille à l'époque féodale, en particulier du point de vue des femmes, c'est un sacré pavé (3000 pages imprimé petit), qu'il faut prendre doucement.
L'histoire retrace la jeunesse de Jia Baoyu, jeune homme né au sein d'une grande famille ducale, qui passe son adolescence à s'amuser auprès de ses sœurs, demi-sœurs, cousines, tantes, servantes et autres au sein du gynécée du palais familial. Il montre peu d'intérêt pour l'étude des classiques, au grand dam de son père qui voudrait le voir suivre une grande carrière politique.
Après un début passée dans le luxe et l'insouciance, à écrire de la poésie ou participer à différentes fêtes ou beuveries, les personnages sont confrontés à la disgrâce et à la chute de la famille, qui sera brutale et aura des conséquences dramatiques. Jia Baoyu est amoureux de sa cousine la sœurette Lin, jeune femme fragile et maladive mais fière et indépendante, qui mourra de chagrin quand il sera forcé par sa famille à épouser sa cousine Xue, idéal de la femme féodale, mais pour laquelle il éprouve peu de sentiments.
Derrière une histoire d'amour contrarié pas complètement originale et d'un récit cadre (qui installe l'histoire dans un contexte cosmique, dans laquelle la sœurette Lin est la réincarnation d'une fleur, qui paye en larmes dans sa vie humaine sa dette à l'égard d'un Dieu incarné en Jia Baoyu) qui me laisse plutôt froid, je trouve en revanche la description minutieuse de la vie de ces personnages absolument fascinante. Chaque personnage, bien campé, suit un arc narratif qui lui est propre et qui le rend terriblement humain. Ambition, cupidité, luxure, jalousie, mais aussi amour, sens du devoir, honnêteté, recherche d'un idéal, tout cela s'entrechoque et provoque des crises au sein et en dehors de la famille. Personne n'en sort indemne, et surtout pas le lecteur, qui trouvera que Cao Xueqin s'acharne un petit peu sur ses personnages.
L'on aura surtout beaucoup appris sur la culture chinoise et les coutumes de l'époque, la poésie, la politique, les jeux à boire, l'incurie des domestiques et la corruption des maîtres, et la condition terrible de la femme. À lire pour quiconque s'intéresse à la Chine.
Posted by M87 at 21:40 0 comments
jeudi, janvier 12, 2017
Bouquins
Le père Noël m'a apporté plusieurs bouquins que je dévore à toute vitesse. Parlons-en un petit peu.
Tout d'abord, j'ai lu l'hyper classique "Comment se faire des amis" de Dale Carnegie. Depuis le temps que j'en avait entendu parler, je me suis dit qu'il fallait que je le lise. Très résumé, cela revient à dire que l'on a plus de chances d'obtenir ce que l'on souhaite en étant un peu sympa et avenant. Ce n'est donc pas révolutionnaire, mais une petite piqûre de rappel est toujours une bonne chose, ça se lit très bien, et les anecdotes sont plaisantes.
Dans un tout autre registre, j'ai lu "Genome" de Matt Ridley. Chacun des 23 chapitres s'intéresse à un gène sur l'un des 23 chromosomes, et à travers ce gène, explore un thème lié à la génétique, que ce soit l'histoire de la génétique, l'histoire de la découverte d'une maladie génétique en particulier, l'ADN non codant, la "guerre" des gènes, l'évolution humaine, le cancer... C'est absolument passionnant.
Enfin, j'ai commencé "The Player of Games" de Ian Banks, roman de science fiction, un peu space opera, avec de bonnes idées, même si sa structure est classique et son écriture fait penser à un scénario de film. En tous cas, cela se lit très bien, et j'ai hâte de lire la suite.
En sous-main, j'ai "How Google works", écrit (?) par les dirigeants de Google. Je ne me suis pas précipité dessus, avec ce genre de bouquin il y a souvent risque d'enfoncer des portes ouvertes ou de sombrer dans l’auto-congratulation. Nous verrons s'il y a des choses intéressantes à en tirer.
Bisous !
Posted by M87 at 22:07 0 comments
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jeudi, septembre 11, 2014
"Promenons-nous dans les bois" de Bill Bryson
Je viens de finir un bouquin hilarant sur la randonnée. Bien que le sujet semble similaire, il est aux antipodes de l'ascension du Rum-Doodle: il s'agit du récit de la tentative de traversée du Sentier des Appalaches, immense et mythique chemin de randonnée aux États-Unis, d'une longueur de 3500km à travers 14 états, par Bill Bryson, auteur américain reconnu.
Bill et son vieux pote Katz, tous deux pas franchement expérimentés ni même sportifs, se retrouvent confrontés aux petites mésaventures de randonnée, poids du sac, fatigue, ennui, mauvaise bouffe, animaux sauvages, autres randonneurs déjantés... C'est raconté avec un humour féroce, et l'Amérique profonde en prend pour son grade. Mais le chemin réserve également des moments de grâce: des paysages magnifiques, des rencontres particuli1ères, un simple carré de chocolat offert par un autre randonneur...
Un conseil: à lire pas trop loin d'une machine connectée à Internet, pour regarder les paysages au fur et à mesure de la progression des deux héros!
Posted by M87 at 22:49 0 comments
samedi, juin 21, 2014
Monsieur Lecoq
J'ai terminé le cycle Monsieur Lecoq d'Émile Gaboriau, dont je parlais deux posts plus bas. Toutes ne sont pas disponibles au même endroit, voici donc les liens vers l'ensemble.
Je décerne haut la main à Gaboriau le titre de Maupassant du polar, ou de Conan Doyle du Paris de la Belle Époque, bien qu'il les ait précédés et influencés (au moins pour Doyle). De lire les cinq romans d'un coup, il est intéressant de retrouver systématiquement la même structure: un crime est commis, la police et le juge d'instruction paraissent, l'affaire est en fait plus compliquée qu'il n'y paraît et puise ses racines dans un drame familial, décrit minutieusement en deuxième partie. Un épilogue revient sur la résolution de l'affaire.
Le drame familial en question est systématiquement une sombre affaire de familles ennemies, d'amours contrariés, d'enfants naturels, de jalousie menant au crime, toujours parmi la noblesse campagnarde. Il s'en suit de très intéressantes tranches de vie à l'époque finalement peu connue de la Restauration de 1814, où certains nobles n'avaient toujours pas compris que le monde avait changé depuis 1789, et que la Révolution et l'Empire ne pouvaient pas disparaître d'un coup de baguette magique. L'on remarquera que les roturiers ont rarement les premiers rôles. Il est vrai qu'ils ne faisaient pas tant d'affaires de leurs amours.
Il s'ensuit cependant un certain sentiment de répétition. Là où Conan Doyle avait su se renouveler à chaque histoire, par des crimes très variés commis dans tous les milieux sociaux, et dans des endroits très différents, Gaboriau raconte en fait une histoire à chaque fois très similaire. C'est d'ailleurs la première partie, la phase d'enquête, que je trouve systématiquement la plus intéressante. Voyez cette citation de Gide:
"Lu d'affilée L'affaire Lerouge, Le Dossier 113 et le premier volume de Monsieur Lecocq de Gaboriau. Le second volume me tombe des mains, car Gaboriau patauge dans une psychologie conventionnelle dès qu'il quitte son meilleur domaine : la recherche policière, où il se montre un extraordinaire pionnier, précurseur de tous les romans détectives; ceux de Conan Doyle ne sont que piquette auprès des siens." André Gide - Journal 4 mars 1943 (tirée de cette bibliographie de Gaboriau)
Je pense qu'il ne s'en fallait pas de beaucoup pour que Monsieur Lecoq devienne aussi célèbre que son successeur londonien: les personnages, le style et l'environnement sont parfaits, il aurait juste fallu plus d'histoires, plus courtes, plus variées.
Posted by M87 at 16:22 0 comments
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dimanche, juin 15, 2014
The ascent of the Rum-Doodle
The Ascent of Rum Doddle, écrit par W. E. Bowman et paru en 1956, est à la montagne ce que 3 hommes dans un bateau est à la navigation. C'est un pastiche des récits de montagne de l'époque, qui relate l'épopée d'un groupe de montagnards à l'assaut du Rum Doodle, la "Reine des neiges", qui culmine à 40000 1/2 pieds.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant ri. Ce n'est pas un bouquin bien long, et c'était fini en 3 aller-retours vers le boulot. Diverses bêtises avec des radios, des bouteilles de Champagne, des crevasses, des porteurs, le cuistot... C'est à lire absolument pour tous les fans de montagne, et pour tous les fans de littérature humoristique. Et l'intersection de ces deux milieux est large :)
The Ascent of the Rum Doodle, written by W. E. Bowman and published in 1956, is to mountaineering what 3 men in a boat is to boating. It's a pastiche of the climbing epics of the time, describing the adventures of a group of climbers to go on top of the Rum Doodle, the "Queen of the Snows", culminating at 40000 1/2 feet.
It's been a long time I had not laughed so much. It's not a very big book, and I got over it in 3 return trips to work. Various mishaps with radios, bottles of Champagne, crevasses, porters, the cook... It's a must read for all mountain fans, and for all humour literature fans. And the intersection of these two groups is large :)
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mercredi, novembre 02, 2011
Parlons BD.
Lu dernièrement "La ligue des gentlemen extraordinaires", d'Alan Moore et Kevin O'Neill, recommandé par le vendeur à qui j'avais demandé quelque chose de Steampunk. Ça se lit, et c'est plutôt agréable. L'idée de base est de mélanger des personnages fictifs célèbres du 19ème siècle (le Capitaine Némo, l'homme invisible, Auguste Dupin des nouvelles d'Edgar Poe, Sherlock Holmes...) dans une histoire d'espionnage. Pas mal d'humour, et des situations très bien trouvées d'un côté. De l'autre, ni le scénario, ni le dessin, ne m'ont totalement emballé. Pas vraiment le genre d’œuvre qui vous poursuit, donc.
Dans un registre totalement différent, je viens de finir le tome 2 (sur 3 (pour l'instant?)) de "Sentinelles", de Xavier Dorison et Enrique Breccia. Le pitch: lors de la course aux colonies, l'armée française a développé des super soldats cyborg, en greffant des membres mécaniques et en dotant d'armures des invalides de guerre. Le projet est abandonné face aux limites technologiques des sources d'énergie, les soldats tombant à court de jus au milieu du champ de bataille. Le projet repart lors de la Grande Guerre, alors que la France menace de rendre les armes, grâce à un scientifique inventeur de la pile à radium qui se retrouve involontairement associé au projet.
Mêlant réalité historique et science fiction délirante, au dessin âpre et violent entrecoupé de photos et de documents d'époque, voilà un univers uchronique pas piqué des hannetons. Des clins d’œil à l'histoire (référence aux taxis de la Marne, par exemple), une critique appuyée de l'arrogance et de l'incompétence crasse de bons nombres d'officiers conduisant leurs soldats à des boucheries sans nom, des savants fous, et de la grosse baston, voilà le menu. Et c'est bon.
Posted by M87 at 20:53 0 comments
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mercredi, mars 23, 2011
BD toujours, mais dans un registre totalement différent. Je viens de m'envoyer les quatre tomes d'"Il était une fois en France" (Glénat), retraçant l'étrange vie de Joseph Joanovici, ferrailleur d'origine roumaine qui fit fortune en France avant la guerre, puis eut un destin plutôt étrange à la fois de collabo et de résistant.
C'est une histoire très noire. Viols, assassinats, trahisons et coups de billards à trois bandes, aucun des personnages n'est particulièrement sympathique, et certainement pas le héros, qui, s'il semble au début principalement motivé par donner une vie meilleure à sa famille, semble devenir de plus en plus froid et motivé par l'argent, le pouvoir, et au final sa propre survie dans une aventure qui devient de plus en plus risquée au fur et à mesure qu'il créé des pièges de plus en plus énormes pour échapper aux conséquences des précédents.
Mention spéciale à Lucie "fer", sa magnifique secrétaire, qui me glace les sangs à chaque page.
Au final, je retrouve, peut-être en plus fort à cause des dessins, ce sentiment si particulier qui vient après la lecture d'un roman noir. Une sorte d'amertume, de léger dégoût de soi et des autres, et l'envie soudaine de se jeter dans les bras de ses proches pour leur dire qu'on les aime. Là, tout de suite, je regrette d'avoir lu cette histoire. Un peu plus tard, quand ce sera décanté, j'en tirerai quelque chose. Je relirai peut-être.
Mais là, juste là, toi qui me lis, je t'aime.
Posted by M87 at 21:54 0 comments
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Je viens de finir Quay d'Orsay, une excellente BD retraçant les aventures d'un jeune conseiller d'un ministre des affaires étrangères charismatique, exigeant, amateur de grandes phrases et de philosophie, et certain de son destin international, toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé étant bien entendu voulue.
Dessin magnifique, moments drôles et grinçants, coups bas et égocentrisme, la république n'en sort pas grandie, mais vivement la suite!
Posted by M87 at 00:17 0 comments
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